De l’art de la rencontre

Une rencontre avec le sculpteur philosophe Charles DALANT sort toujours de la monotonie et donc de l’ennui. Personnage romanesque, fort dans sa fragilité, émouvant dans son errance créatrice, allergique aux turpitudes sociales, disert dans ses références à la mythologie grecque, l’artiste s’expose autant qu’il n’expose.

Nous avions rendez-vous à son foyer-atelier. Plus qu’une galerie d’exposition, un antre dans l’intimité de l’artiste, espace haut en formes et en couleurs où s’accumulent les oeuvres de toute une vie. Le lieu, aménagé et fonctionnalisé par ses mains, est une caverne où le créatif et le domestique s’imbriquent.

Il y a là ce qu’il appelle « l’alimentaire » mais qu’il ne renie aucunement, oeuvres figuratives qui révèlent l’adresse et le sens esthétique du démiurge où la femme est la muse. Les murs sur lesquels des êtres s’agrippent et les vitrines qui protègent des sculptures finement modelées témoignent de cette étape. Il y a ici et là ses compressions d’argile, phase transitoire qui le mènera vers une association où le corps de déesses émerge d’un bloc de matière originelle, associant le brut et l’élaboré ; sur des socles ses albâtres d’où émanent des êtres oniriques ; au dessus de la mêlée, tels des gardiens du temple, ses agaves fantasmagoriques et, au sol, des pierres empilées aux formes prometteuses. Mélange de matières, pierre, argile, bois, acier, bronze, plâtre, résine et variété de formes hétéroclites juxtaposées, en état d’incubation ou de maturation, objets en suspens, en attente… d’un preneur, amateur ou mécène providentiel, mais aussi d’une nouvelle inspiration.
Interrogé sur la diversité de ces pistes abouties ou interrompues, Charles Dalant répond : « Il arrive qu'en ce stade de lâcher prise, des images, des concepts, des représentations symboliques surgissent et viennent se combiner pour me fournir des éléments de solutions inattendues. » Recherche vertigineuse de l’artiste avec ses doutes, ses lassitudes, ses rebondissements et ses trouvailles innovantes.

Nous voilà autour d’une table d’un restaurant thaïlandais. Un moment d’échange privilégié où, de temps à autre, je titille notre Socrate contemporain pour explorer sa pensée. Une occasion pour moi de sonder le mystère de la création à travers son analyse et sa démarche.

Il tente de faire ressurgir des mythes d’Eros et de Thanatos, le logos, un discours qu’il argumente avec passion. Raison contraire et complémentaire à la fois. Il fait de ces deux thèmes centraux de l’art, sans doute les deux plus grands tabous de l’humanité, la raison de sa quête. Dialectique dans son approche bouddhiste, il mêle dans son rapport à l’art les concepts de sujet et d’objet, de fini et d’infini, d’esprit et de monde. L’esprit est, selon lui, réflexion de soi sur soi à partir de l’autre, il est médiation du sujet à partir de l’objet, un retour vers soi à partir de l’extériorité.

« L’art est une rencontre, écrit-il en préambule de son exposition à la Clinique Mutualiste Catalane à Perpignan, «entre un sujet – une personne – et un objet – une oeuvre – une rencontre désintéressée mais intéressante, gratuite mais enrichissante, inattendue mais espérée, « inutile mais indispensable »« comme disait Cocteau ».

L’art, avec Charles DALANT, est un beau sujet de rencontre, en effet… et une promesse.

Georges Namiech (17 novembre 2009)

Charles Dalant  21 rue du 14 juillet 66000 Perpignan  |  +33 (0)4 68 51 44 02  |  charles.dalant@gmail.com